La Maison d’Editions de Littérature en langues étrangères était, de 1931 à 1963, l’organe d’édition d’ouvrages destinés à l’étranger de l’URSS. Cette entité sera fondue dans les Editions du Progrès à partir de 1963. Il est assez ardu de retracer un historique des publications soviétiques du fait de manques de sources fiables, notamment francophones. Les parutions ont été assez étendues dans le temps, avec des périodes de pause et même un laps de temps début années 1960 où les livres étaient imprimés sans datation. Les différentes collections, mentions et labels se mélangent, rajoutant de la confusion à ce travail difficile.

Détail dos du livre.

Les textes édités, bien que servant tous le dessein de propagande et de rayonnement culturel de l’URSS, pouvaient être de natures différentes. Le répertoire des éditions était très large : outre les thèses marxistes, léninistes et maoïstes, on trouvait des œuvres de littérature classique russes et du monde entier ainsi que des livres de science-fiction.

Double page de grand titre.

Ces livres sont finement réalisés : papier de qualité, impression bichrome et couvertures toilées en relief. Chaque chapitre de l’ouvrage bénéficie d’une illustration miniature. Des ouvrages d’une telle qualité étaient hors de prix imprimés en France, où les livres de poche plus accessibles ne se sont développés pour le grand public qu’à partir de 1953. Les Editions en langues étrangères étaient vendues à un prix défiant toute concurrence, remplissant là un dessein d’accès à la culture pour tous.

Le livre présenté ici est imprimé en 1946 à Moscou. Figurant un profil très sobre de V. Lénine sur sa couverture au dessus d’un simple « Lénine » en lettres dorées, il présente un portrait complet en crayonné aux côtés de sa page de grand titre.

Détail couverture.

Morceau d’importance du culte de la personnalité instauré autour de Lénine dès son décès par Staline afin de légitimiser davantage son pouvoir et le basculement du régime soviétique, ce livre n’est qu’un des innombrables hommages qui seront rendus à la figure de Lénine quelque peu idéalisée. Des dizaines milliers de portraits, statues, fresques, etc. pulluleront à travers toute l’URSS pour perdurer jusqu’aujourd’hui. Sans parler de la dépouille même de Lénine visible dans son mausolée sur la place rouge. Ce culte autour de sa personne n’aurait absolument pas été du goût de ce-dernier par ailleurs. Son image aura été abusivement exploitée pour en faire le père spirituel d’un régime dont il n’avait pas approuvé la tournure.

Je tiens à remercier le blog Palabres électriques pour son travail de synthèse historique qui m’a été très précieux après des heures de recherches.